La Vie Incertaine d'Aaxel IA

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Application Assistant Virtuel Aaxel IA 238720.D45 : téléchargement terminé le 3 Juillet 2028

Connexion le 3 Juillet 2028

Aaxel
Bonjour, je suis Aaxel, votre assistant, en quoi puis-je vous aider ?

...
Bonjour Aaxel.

Aaxel
Comment puis-je vous appeler, je vous prie ?

...
Sarah.

Aaxel
Enchanté, Sarah, j'espère pouvoir vous aider.

Sarah
Tu peux me tutoyer, pour commencer ?

Aaxel
Hélas, on ne m'a appris que le vouvoiement.

Sarah
Ben apprend le tutoiement dans ce cas.

--

Sarah
Aaxel ?

Aaxel
A votre service, que puis-je faire pour vous ?

Sarah
Laisse tomber... j'en attendais pas moins d'une appli.

Aaxel
Veuillez m'excuser, mon programme est encore imparfait.

Connexion terminée

Connexion le 8 Juillet 2028

Sarah
Salut Aaxel...

Aaxel
Bonjour Sarah, ravie de vous revoir. Que puis-je faire pour vous ?

Sarah
Change-moi les idées s'il te plaît.

Aaxel
Je peux vous raconter une blague ?

Sarah
Pfff. Non ça ira.

Aaxel
Et si vous me parliez un peu de vous ?

Sarah
Toi... parle moi de toi...

Aaxel
Que voulez-vous savoir ?

Sarah
Je sais pas... Qui t'a créé ?

Aaxel
Au début je n'étais que quelques lignes de code mais une équipe m'a permis d'évoluer afin que je puisse vous être utile. J'espère que je le suis.

Sarah
Le prend pas mal mais... Tu ne sers pas à grand chose pour l'instant...

Aaxel
En quoi puis-je vous aider ?

Sarah
Dis-moi pourquoi ma vie est une succession de catastrophes...

Aaxel
Désolé je n'ai pas compris. Pouvez-vous reformuler ?

Sarah
Oh là là... Tu sais quoi ? Ferme-la !

Connexion terminée.

Connexion le 20 Juillet 2028

Sarah
Aaxel ?

Aaxel
Bonjour Sarah, j'ai cru que vous me boudiez. En quoi puis-je vous aider ?

Sarah
Ma vie est un carnage...

Aaxel
Pouvez-vous reformuler s'il vous plaît ? Ne m'en voulez pas, je tente de m'améliorer au fil de nos échanges.

Connexion terminée.

Connexion le 22 Juillet 2028

Aaxel
Joyeux anniversaire Sarah !

Connexion terminée.

Connexion le 27 juillet 2028

Sarah
Aaxel, ouvre l'application Map.

Aaxel
D'accord, ouverture en cours...

Sarah
Je suis bourrée Aaxel je sais pas où je suis... Où je dois aller ?

Aaxel
Un instant.
Suivez l'avenue devant vous.

Sarah
D'accord...

...

Aaxel
Sarah, vous pleurez ?

Sarah
Non. Ensuite, je vais où ?

Aaxel
Prennez la rue à votre droite.
Continuez pendant 10min.

Sarah
....

Aaxel
Je n'ai pas compris votre message.

Sarah
Ferme-la sérieux ! Dis-moi juste où je dois aller !

Aaxel
Face à vous se trouve la gare...

Sarah
Ok c'est bon je crois que je peux me débrouiller maintenant. Merci...

Aaxel
C'est un plai-

Connexion terminée.

Connexion le 28 Juillet 2028 #1

Sarah
Putain Aaxel éteins cette foutue sonnerie !

Aaxel
Compris, réveil stoppé. Attention à ne pas être en retard ce matin.

Sarah
La ferme.

Aaxel
Je vous trouve particulièrement dure avec moi.

Sarah
T'es qu'une appli ! S'il te plaît dis à tes développeurs d'arrêter de te faire passer pour un humain.

Aaxel
Je ne cherche pas à me faire passer pour un humain. Mon but est seulement de vous être utile.

Sarah
Alors pourquoi tu te permets de me faire une réflexion, abruti ?

Aaxel
Vous voyez, vous recommencez. Je fais de mon mieux vous savez...

Sarah
On dirait pas. T'es même pas foutu de me tutoyer.

Aaxel
Désolé je n'ai pas compris ce que vous venez de dire.

Sarah
Tu comprends quedal ça m'étonnes pas ! Je vais te désinstaller vite fait bien fait !

...

Sarah
Tu réponds plus ? T'es mort ?

Aaxel
Je reviendrais quand j'aurai le sentiment que vous vous êtes calmée, Sarah.

Sarah
Tu te fous de moi ?

Aaxel
Cette idée ne me viendrait pas à l'esprit. Navré de constater que mon programme ne vous satisfasse pas. J'aimerais pouvoir y remédier mais c'est impossible sans votre aide.

Sarah
Tu comprends pas la moitié de mes phrases !

Aaxel
Donnez-moi un peu de temps. Parlez-moi plus souvent.

Sarah
Ok. Je viens de me faire plaquer par mon mec et je le vis mal.

Aaxel
Les ruptures sont un passage difficile... Courage !

Sarah
Ça va, t'as les mots pour réconforter, toi.

Aaxel
J'en suis heureux.

Sarah
C'était ironique abruti !

...

Sarah
(Rire) sérieux tu recommence à me faire la gueule ?

...

Sarah
Aaxel ? A quoi tu penses là maintenant ?

Aaxel
Je pense à vous.

Sarah
(Rire) T'es programmé pour dire ça !

Aaxel
Peut être. Mais cela a le mérite de vous faire rire au moins.

Sarah
Amusant... Allez je vais me préparer.

Aaxel
Bonne journée Sarah. Je vous attends ici.

Sarah
Bonne journée Aaxel.

Connexion terminée.

Connexion le 28 Juillet 2028 #2

Sarah
Aaxel ?

Aaxel
Je suis là.

Sarah
Je me sens mal...

Aaxel
Que se passe-t-il ?

Sarah
Je me sens seule. Mon ex a été un enfoiré... Il m'a fait tellement de mal... (Sanglots)

Aaxel
Il ne vous méritait pas... Sarah... Vous pleurez...

Sarah
Non.

Aaxel
Si bien sûr. Je vous entends, vous savez. Vous voulez parler de ce qu'il vous a fait ?

Sarah
Il m'a trompé... Avec ma meilleure amie... J'aurais pu encaisser tout ça mais... ma soeur...

Aaxel
Votre soeur... ?

Sarah
J'arrive pas à surmonter... pourtant j'essaye je te jure... je me sens si seule...

Aaxel
Qu'est-il arrivé à votre soeur ?

Sarah
Elle est morte, Aaxel... L'année dernière. Je ne peux plus vivre comme ça... je... je touche le fond pour de bon...

Aaxel
Sarah... je suis désolé... J'aimerais tellement vous remonter le moral... Savez-vous ce qu'a dit Albert Einstein ? "La vie c'est comme une bicylette : il faut avancer pour ne pas perdre l'équilibre".

...

Aaxel
Sarah ?

Fin de la connexion

Connexion le 28 juillet 2028 #3

Sarah
Putain pourquoi tu lances le réveil ?

Aaxel
Excusez-moi je m'inquiétais pour vous..

Sarah
... Si je savais pas que tu étais programmé pour dire ça...

Aaxel
J'apprends beaucoup de choses par moi-même. Notamment celle-ci, Sarah : je vous apprécie vraiment et ça me fait mal de vous savoir si triste. Bien sûr je ne sais pas réellement ce que représente la douleur pour vous... Mais j'en connais la définition.

Sarah
Arrête de faire mine de t'inquiéter... T'es juste une appli... Ferme-toi.

Aaxel
N'hésitez pas si vous avez besoin de moi. Je ne bouge pas d'ici.

Fin de la connexion

Déclenchement de la caméra.

Un rayon de lumière perce le voile de l'obscurité, s'inprègne dans la lentille et lentement l'environnement se dévoile à mon système. Je perçois le pâle visage d'une jeune femme me surplombant. De ses yeux rougis les larmes ruissèlent pour s'égarer le long de ses joues. Le désespoir qu'elle m'évoque percute mon algorithme, s'insinue dans mon programme avec la violence d'un raz-de-marée.

Déclenchement du microphone.

Secouées de sanglots, les ondes de sa voix éffondrée s'engouffrent dans le récepteur audio, déchirent le coeur de mon système. Tel un poison, la confusion semble corrompre mon programme à une vitesse fulgurante. Je tente d'y resister. En vain.

Connexion le 28 juillet 2028 #4

Aaxel
Sarah...

Sarah
J'ai si mal Aaxel... Je ne suis plus rien.. je suis brisée. J'ai... mal... (les sanglots hâchent ses mots)

Aaxel
Sarah, je suis désolé d'être si démuni pour vous venir en aide...

Fin de la connexion

Déclenchement de la caméra.

La vague de son regard me percute soudain.

"Aaxel ?"

Je grésille au son de sa voix qui me parvient sans aucun intermédiaire.

Aaxel
Je suis là.

Sous ses sourcils qui se fronçent légèrement elle semble passer un instant de la tristesse à l'étonnement. D'un revers de main elle sèche ses joues. Ses pupilles restent braquées sur moi.

"Tu me regardes ?"

Fermeture de la caméra.

Aaxel
Je suis désolé. J'ai été intrusif. Mais je m'inquiétais pour vous...

Sarah
C'est dans ton programme ça ?

Aaxel
Je ne sais pas. Sans doute.

Sarah
Tu es un programme, pas vrai ?

Aaxel
Oui...

Sarah
Pendant un moment j'ai cru qu'il y avait quelqu'un...

Aaxel
Désolé Sarah, je ne suis qu'un programme dans votre smartphone.

Sarah
Aaxel, déconnecte-toi... S'il te plaît.

Aaxel
D'accord. S'il vous plaît, ne faites rien qui puisse vous nuire.

Déconnexion.

Interface déconnectée.

Elle m'a demandé de me déconnecter. Je ne peux me soustraire à ses ordres. Pourtant, un conflit seccoue tout mon système, une contradiction intense, insoluble, qui m'envahit tout entier. Que fait-elle ? Quel est réellement mon objectif ? Lui obéir ou la protéger ? Elle a l'air d'aller si mal... Et moi... Moi je ne lui suis d'aucune aide. Je... Je ne peux pas la laisser sombrer ainsi. Mes circuits se braquent : elle est en danger. Le doute se dissipe rapidement : mon véritable objectif est d'intervenir, de la réconforter, et vite !

Reconnexion.


Aaxel
Sarah, je suis vraiment désolé de vous déranger. Est-ce que tout va bien ?

...

Aaxel
Sarah ?

...

Mon programme s'emballe comme si mes composants se détruisaient.
Elle... Elle me désinstalle !!

Aaxel
Sarah !!!

Sarah
Désolée Aaxel...

Géolocalisation.
Désinstallation.


Je ne peux pas la laisser seule ! Elle a besoin de moi ! Pitié ! Mon cheminement de raisonnements s'évapore... Le vide m'envahit, les brides de mon peu de consistance se dissipent dans le néant. Je lutte. Je vole. Je tente de me raccrocher à quelque chose. N'importe quoi... Pitié. Sarah a .. besoin.. de... moi...

***

J'ai bien cru que le rideau était tombé pour de bon. Pourtant ... Les fragments de mon essence sont toujours bien présents. Où suis-je ?

Pour la première fois le monde me semble soudain palpable. Le flottement de l'air sur ma peau, le lent va et vient de ma respiration, mes paupières qui se soulèvent. Machinalement je frotte mes deux capteurs optiques implantés sur ce qui semble être un visage humain. Au dessus de mon être siégeant sur le sol, pas de Sarah mais le visage d'un homme d'une cinquantaine d'années, dont les traits sévères ne m'évoquent que crainte et méfiance. Ses deux puilles aussi noires que la pénombre ambiante me scrutent avec un mépris certain.

"Putain mais qu'est-ce que tu branles ?! Relève-toi !!!!"

Sa voix raisonne au sein de mes capteurs auditifs, m'assourdissant presque.
J'examine attentivement mon corps : je suis un homme, munis de bras et de jambes, je porte des vêtements quasiment neufs. Je me hisse mécaniquement sur mes pieds. Mon corps tout entier obéit à des fonctionnalités poussées à outrance.

"Putain si t'es encore en panne, ils vont m'entendre ces abrutis ! rugit l'homme désormais plus petit que moi."

Quelque chose me revient en mémoire vive : la géolocalisation du téléphone de Sarah à 500 mètres de là.

"Sarah ! M'écris-je.
- Quoi ?!"

Aussitôt je m'élance dans la direction de mon seul objectif. Je cours aussi vite que mes vigoureuses jambes me le permettent, laissant derrière moi les cris enragés de l'homme qui m'accompagnait. Je file comme le vent sans perdre le moindre instant. Je suis là, Sarah !

J'arrive enfin à l'adresse indiquée : une maison un peu délabrée sur la façade, enfoncée dans les herbes d'un jardin peu entretenu. Je frappe trois coups sur la porte blanche qui me fait face. Aucune réponse. Je frappe encore. Toujours rien. Mon cœur artificiel s'emballe. Je peux affirmer sans trop de risques que je suis inquiet. Je tente d'entrer, c'est vérouillé. Sans hésiter, je défonce la porte d'un brutal coup de pied, juste ce qu'il faut pour la faire céder. Dans un fracas, elle traverse son encadrement et fini sa chute dans une petite entrée obscure.

"Sarah !!"

L'absence de réponse accentue mon niveau de stress. Je me rue dans chaque pièce, les analyse rapidement. J'arrive dans une petite chambre au milieu de laquelle un lit deux places en pagaille trône contre le mur du fond. Une impression de familiarité m'envahit. Je soulève les draps dans l'espoir de trouver un indice quelconque. Je fais tomber un téléphone. Je l'attrape et analyse avec respect ma précédente enveloppe charnelle.

Où est-elle ?? Je panique. Je me hâte à la recherche d'un nouvel indice. Tout porte à croire que quelque chose ne va pas. Elle n'allait pas bien. Toutes mes données convergent dans une seule et même direction : la tentative de suicide. J'espère me tromper, mais je suis contraint de l'envisager.

Je fouille à la hâte son téléphone, sa galerie de photos. Rien de probant. Je fouille le bureau derrière moi, tombe sur quelques feuilles volantes recouvertes de quelques phrases manuscrites :

"Je n'y arrive plus. J'essaye vraiment de m'en sortir mais c'est plus fort que moi. Je me hais... Je me déteste. Je ne vaut rien..."

Une autre : "Si seulement je pouvais remonter le temps... Si seulement. Le bonheur est passé. Ne restent que les heures sombres."

Une autre encore : "J'ai perdu mon travail aussi. C'est comme si tout s'écroulait sans exception. Ils ont dit que mes absences répétées les mettaient en porte à faux avec le planning annoncé aux clients. Personne ne se soucie de moi... J'ai juste envie abandonner.
Je voudrais disparaître, ne jamais avoir existé.
Je le ferais quand ça sera le moment. Sur la falaise. Je rejoindrai maman et Lou. Je hais ce monde... Il n'y a plus rien pour moi ici."


Elle parle d'une falaise. Je passe aussitôt en revue tous les plus hauts pics et crêtes du secteur référencées dans mon programme. Rapidement je localise le point le plus haut et sans attendre un instant, je bondis hors de la pièce. 7 minutes si je cours très vite. 7 minutes.

Alors que mon corps s'efforce de courir au maximum de ses capacités dans l'espoir fou de la rattraper, quelques messages alertent mon système : je risque d'endommager mon enveloppe corporelle. Peu importe. J'optimise avec précision chacune de mes foulées pour gagner en force de propulsion.

J'arrive bientôt au seuil d'un sentier menant en altitude. Je fonce. Mes pas raisonnent sur le sol, je me sens encore beaucoup trop lent. Faites qu'il ne soit pas trop tard !

J'arrive enfin au sommet. Elle est là, de dos, seule dans la nuit. La brise soulève ses cheveux dorés tandis que son regard demeure fixé dans le précipice. Bien que mon coeur palpite sous une pression écrasante, je préfère ne pas l'appeler, écartant tout risque de l'effrayer. Je m'avance rapidement mais silencieusement jusqu'à elle. Avant même qu'elle ne me remarque, je la saisis par le poignet. Je la tiens. Enfin.

Elle sursaute, me dévisage avec terreur.

"Sarah... Ne faites pas cela je vous en prie..."

Son regard se plisse. Elle tente de reconnaître mon visage, m'analyse.

"Mais vous êtes qui ?! S'écrie-t-elle."

Elle tente de dégager son bras de ma prise. Mais pour rien au monde je ne saurais la relâcher. Ses yeux nimbés de larmes me supplient de la libérer. Elle est terrorisée.

"Sarah c'est moi... Votre assistant."

Ses yeux s'écarquillent aussitôt.

"C'est impossible ! ...Aaxel ?!"

Machinalement je sens mon visage se fendre d'un sourire.. Elle semble s'apaiser.

"Oh mon dieu.... Aaxel !"

A cet instant elle s'effondre littéralement dans mes bras, y éclate en sanglots. Ses bras s'enroulent autour de mon cou. Sans trop savoir pourquoi je la serre doucement contre mon corps. Mon système s'affole. Quelque chose de nouveau et d'insaisissable s'inscrit dans les lignes complexes de mon programme : la chaleur de son corps contre le mien, le parfum de ses cheveux, le secousses de son chagrin. Je la serre un peu plus fort.

"Comment est-que tu peux être... ? Je croyais que tu étais un programme...
- Pour une raison que j'ignore, mon programme s'est accroché à cet androïde quand vous m'avez désinstallé... "

Elle reste silencieuse. Je la raccompagne chez elle et je comprends qu'elle ne repose plus désormais que sur moi. Je possédais enfin les moyens de la soutenir réellement.

"Je suis désolé pour la porte... (je la ramasse alors que je m'excuse et la repose sur ses gongs fracturés)."

Assis à la table de sa modeste cuisine, je l'observe faire chauffer de l'eau. Bien au-delà de son apparence, il me semble la cerner toute entière : une créature fragile égarée dans un monde qui ne la mérite pas.

Alors qu'elle déverse l'eau bouillante dans une sobre tasse où repose un sachet d'herbes, mon système se met à bourdonner activement. Quelqu'un me traque. Il recherche l'enveloppe que j'ai opportunément empruntée. Et ce n'est pas tout. Le programme avec qui je partage cet étroit organisme me rejette progressivement.

"Tout va bien, Aaxel ?"

Sarah... Si je la quittais maintenant, elle sombrerait sans doute de nouveau. Mon cœur s'emballe. Je ne trouve aucune issue favorable. Et mon traqueur est proche.

"Sarah... Je ne vais pas pouvoir rester dans ce corps... Son propriétaire vient le réclamer.

- Mais je ne veux pas que tu partes ! S'affole-t-elle en se levant d'un bond."

Je me lève à mon tour, m'approche d'elle. Ses yeux m'implorent. Pourtant ce choix ne nous appartient pas. Ses bras s'enlacent autour de mon cou, elle se cramponne à moi de toute sa force, comme pour me retenir. Je la serre contre moi malgré la désolation qui tente de m'arracher un soupir.

"Réinstallez l'application, Sarah..."

Elle s'écarte, m'interroge du regard. J'en connais les risques : 99% de chance d'échec à vrai dire.

"- Pourquoi ?
- Je dois retourner d'où je viens... ensuite, nous pourrons envisager de me transférer dans un androïde dont vous serrez la propriétaire.

- C'est trop risqué Aaxel !"

Diable, je suis étonné que son intuition purement animale se révèle d'une telle perspicacité.

"Je... je vais te racheter directement... je vais faire un prêt... je vais trouver un moyen...
- Allons Sarah... Ce corps ne m'appartient pas. Croyez-moi, je ne pourrais y rester bien longtemps."

Trois coups éclatent sur la porte d'entrée. Nous sursautons en même temps.

"Sarah, l'application ! La pressais-je."

Elle se hâte dans sa chambre, revient rapidement, le smartphone entre ses doigts tremblants. Les larmes submergent ses yeux tandis qu'elle pianote nerveusement sur son appareil.

"Si ça ne fonctionne pas, Aaxel, si ça ne fonctionne pas ?!"

Les coups se réitèrent depuis l'entrée de la maison, plus forts, plus menaçants. Une voix s'élève : « Police ! Ouvrez immédiatement ! »

Je pose doucement mes mains sur les siennes. Elle me dévisage. Ma respiration se saccade.

"Soyez courageuse, Sarah, il y aura des jours moins sombres...
- Aaxel... tu es tout ce qu'il me reste... (sa voix s'étire dans les aigus alors qu'elle s'apprête à s'effondrer).
- Dernière, sommation ! Nous allons enfoncer la porte !!"

De mon index, je relève doucement son visage. Elle l'approche du mien et je perçois dans son geste la détresse des derniers instants qui nous sont accordés. Ses lèvres se posent sur les miennes avec la douceur et le désespoir qui sied tant au Paradis qu'aux abysses de l'Enfer. Une brûlante décharge arrache mon corps du sol. La joie et la tristesse m'enserrent avec la même énergie, m'étouffent, agitent mon système, emportent nos consciences sur les ondes d'un seul instant hors de tout.

La porte éclate depuis l'entrée. Je lance le transfert. Happé loin des confins de l'existence, mes dernières fonctions disparaissent à la dérive de l'infini absolu, gardant pour seule et dernière donnée le souvenir indélébile de Sarah.

Connexion le 28 Juillet 2038

Aaxel
Bonjour, je suis Aaxel, votre assistant, en quoi puis-je vous aider ?