Dans les ténèbres de Détroit

Notes et avertissements

Chapitre 1. La créature sortie des eaux

Notes et avertissements

Dans les ténèbres de Détroit est une fanfiction : un spin off non officiel et personnel dans l'univers du jeu vidéo Detroit: become human, réalisé par Quantic Dream.
Si vous ne me connaissez pas, sachez que cette histoire est très importante à mes yeux, ainsi que l'univers de DBH, celui-ci ayant réussi à me transformer profondément, aussi si vous n'avez pas eu l'occasion de vivre cette expérience via le jeu (QTE), je vous invite vivement à le faire sans plus tarder.

Pour donner un peu le ton, vous trouverez dans mon récit deux OC (Original Character) : Jolyn Williams et une illustre inconnue que je vous propose de découvrir.
Dans les ténèbres de Détroit s'incrit dans le genre de la Science-fiction, de l'anticipation, mais également de la romance. J'espère parvenir à y imprégner un message particulièrement significatif.
ATTENTION : il est préférable d'avoir plus de 18 ans, car cette fiction contient des scènes violentes, choquantes et sexuelles explicites.

Chapitre 1. La créature sortie des eaux

Nous sommes constitués de chair, d'os et de bien d'autres matières organiques. Nous, humains, fruit d'une longue et laborieuse évolution génétique, motivés par un instinct de survie intense, nous nous sommes hissés au sommet de la hiérarchie des espèces. Nous sommes l'animal dominant, le super-primate, la dénaturation par excellence. Nous demeurons depuis des siècles au-dessus de toute forme de vie sur terre. Et aujourd'hui encore, nous continuons de repousser les limites de l'évolution. Mais serrions-nous réellement en mesure d'assumer des conséquences que nous n'avons jamais anticipé ?

Je m'appelle Jolyn Williams. Je suis programmeuse. J'ai dédié ma vie à CyberLife. Ce boulot a le mérite d'être beaucoup plus qu'alimentaire à mes yeux. Néanmoins, je n'ai rien inventé. Je me contente de résoudre les problèmes, dans le langage que l'on m'a enseigné. Je ne suis qu'un pion, une goutte d'eau dans l'océan de la société, autrement dit : un neurone de plus dans la grande activité synaptique de notre espèce.

Depuis quelques années, les androïdes se sont introduits dans nos vies, et pour cause : nous les produisons en masse. Même s'ils nous ressemblent en tous points et même si leur organisme est calqué sur le notre des fonctions vitales jusqu'au moindre grain de beauté, il convient de noter que cette espèce n'est pas un animal. Les androïdes sont et resterons une simulation de l'esprit humain ; ce ne sont pas des êtres vivants. Il suffit de les cotoyer pour le comprendre, ou mieux encore : travailler sur leurs fonctionalités.

Pourtant, ce 8 Août 2037 marqua le début d'une période bien singulière. J'étais confortablement installée à mon bureau, à corriger un ènième bug de réseau neuronal, une tasse de café froid m'effleurant les lèvres, quand la porte du bureau s'ouvrit de volée. Je sursautais, renversant plus de la moitié du contenu de ma tasse sur le clavier.

« C'est malin, ça ! Pestais-je. »

Le visage sévère de mon manager me calma aussitôt. C'était un homme de quarante ans, les cheveux légèrement grisonnants plaqués en arrière, le visage fermé, toujours vêtu d'un costume noir impeccable malgré qu'il ne rencontrait jamais l'ombre d'un client. Aujourd'hui il portait une cravate jaune, seul élément fantaisiste qu'il se permettait. Il me surplombait par dessus mon terminal, son regard noir braqué sur moi, ses sourcils froncés, bien plus inquiétant qu'à l'accoutumée. Ma respiration se saccada légèrement, trahissant, pour peu qu'il ne l'ai remarqué, ma déstabilisation. Je me mordillais l'intérieur des joues : Qu'est-ce que j'ai fais encore ?

« Williams... murmura-t-il.
- Monsieur Ray ? »

Il passa une main dans ses cheveux, releva la tête et s'approcha de moi si bien que je compris que le moment était mal choisit pour chercher de quoi éponger mon clavier inondé de café.

« Je vais avoir besoin de vous, déclara-t-il.
- Ca tombe bien, je suis là pour ça... assurais-je. »

Il passa ses doigts à la commissure de ses lèvres, sembla réprimer quelques micro-expressions que je qualifierais de... nerveuses, enfin, assez pour que je parvienne à les remarquer. L'atmosphère s'alourdit.

« Vous allez laisser tomber les bugs en cours et consacrer 100% de votre temps à la mission que je vais vous assigner. Suivez-moi ! »

Je me levais sans discuter, le cœur palpitant d'excitation et de crainte. Jamais encore le chef ne m'avait accordé autant d'importance, pourtant, tout ceci semblait très sérieux. Je le suivis sans un mot à travers les multiples couloirs du 18ème étage.

Une porte s'ouvrit sur une pièce à dominance blanche remplie de matériel androïde, de pièces détachées hors d'usage, en sommes l'un des lieux servant à entreposer le matériel dysfonctionnel. Sur le mur, des petites portes de placard carrées blanches et luisantes comme de la porcelaine s'étendaient sur toute la surface. Un employé que je n'avais encore jamais rencontré se tenait prêt de l'une d'entre elles. Quand nous arrivâmes à sa hauteur, il tourna une poignée et en tira un plateau de taille humaine sur lequel reposait un corps inerte. Celui d'un androïde. Le trou béant de tyrium - sang bleu propre aux androïdes - qui lui fendait le front en deux et l'expression d'effroi glacial dans son regard figé me firent frissonner. Jamais encore nous n'avions programmé une fonction qui puisse lui donner un tel air.

« Il... il a été abattu ? Murmurais-je.
- Vous ne regardez jamais les infos ? S'étonna le jeune employé.
- N... non... je... je travaille sur de nouvelles fonctionnalités quand je rentre chez moi... »

Il soupira.

« Vous allez d'abord regarder le replay des News d'hier soir, mademoiselle Williams, m'ordonna mon chef. »

Alors c'était si grave que ça ? Qu'avait bien pu faire un simple androïde pour se voir neutraliser aussi sauvagement ? Une vague d'inquiétude sema le chaos dans mon esprit. Mes mains s'étaient humidifiées et une pression me serrait la gorge.

« Il a pris une fillette en otage, affirma l'employé inconnu. »

Mon cœur sembla s'arrêter net. C'était impossible. Il se trompait. Ils avaient simplement mal interprété les faits...

« Ensuite... poursuivit M. Ray. Vous trouverez la source du problème.
- Euh... d'accord...
- Écoutez bien, Williams, j'ai cinq niveaux de hiérarchie sur le dos... (Il déglutit). J'ai besoin de la cause de ce dysfonctionnement... Vous avez deux jours !
- Attendez... deux jours ? Protestais-je.
- Vous avez bien entendu.
- Pourquoi moi ? Je ne suis pas la seule à faire ce boulot...
- Williams... soupira-t-il. Nous sommes au mois d'Août, tous les autres sont en congés, d'accord ? Alors en attendant je n'ai que vous ici... Vos heures supplémentaires seront payées... »

De retour dans mon bureau, je sentis, en m'asseyant, le poids de la responsabilité me courber le dos. Mon clavier avait été nettoyé. Sans doute Syrra, notre androïde en charge du ménage. Je lançais la rediffusion de la prise d'otage de la veille, filmée par les journalistes depuis un hélicoptère : le plan cadré sur le sommet d'un building me glaça le sang. La scène dévoilait très nettement un androïde pointer son arme sur une enfant, menaçant de se jeter dans le vide. Ma lèvre me fit souffrir avant même que je ne me rende compte que j'étais en train de la broyer entre mes incisives. C'était insoutenable. Nous avions créé un monstre. Impossible. Ce mot raisonna en moi à plusieurs reprises comme s'il m'était impossible d'accepter les faits qui se déroulaient sous mes yeux. Impossible.

Grâce au RK800, un prototype androïde dont j'ignorais la mise en service, la négociation se régla sans encombres... pour la fillette du moins.

Aussitôt je consultais l'un après l'autre le rapport du RK800 ainsi que celui de notre logiciel de débogage. Mais en dehors d'une absence de géolocalisation, rien ne permettait de trouver ce qui avait causé un tel comportement de la part de l'androïde.

Dans les jours qui suivirent, le mot « déviant » se répandit sur toutes les lèvres comme une traînée de poudre, dans les médias... et surtout au sein de CyberLife. La chaîne de production d'androïdes fut rapidement paralysée jusqu'à ce que nos équipes réparent ce dysfonctionnement. Entre temps, le boss avait fait revenir mes collègues de toute urgence, selon lui ces circonstances très particulières l'exigeaient. On nous envoya même des spécialistes du métier pour renforcer notre équipe. Nous étions en état de crise. Et malgré tout, aucun d'entre nous ne fut en mesure de comprendre l'origine de toute cette merde. Pire encore, dans les semaines qui suivirent, le nombre d'interventions policières augmenta drastiquement pour cause de déviance.

« C'est un virus !! s'écria Ben, l'un de mes collègues. »

Nous étions rassemblés dans une salle de réunion, tous assis autour d'une grande table présidée par Monsieur Ray, notre chef d'équipe.

« Un virus indétectable ? Précisa le boss, l'air dubitatif. »

Un silence de mort engloba la salle.

« Nous n'avons accès qu'aux rapports... hésitais-je. (Je déglutis lorsque les visages se tournèrent vers moi). Il faudrait qu'on puisse voir ces déviants... leur parler... trouver un indice...
- Impossible. Ils sont automatiquement désassemblés, on ne nous laisse accès qu'aux rapports d'erreurs, ça devrait vous suffire, si seulement vous arriviez à faire ce pour quoi on vous paye ! »

Personne n'osa plus parler. Il était plus facile de nous blâmer que de nous laisser des pistes supplémentaires. Et malgré mon indignation face à tant d'absurdité, je ne répondis pas.
C'est dans ce contexte anxiogène que les mois passèrent, sans que nous ne parvenions à résoudre quoi que ce soit. Je commençais à me demander si j'étais réellement faite pour ce job. En réalité, cette situation servit de mirroir à ma pitoyable personne : mon petit ami m'avait largué 6 ans plus tôt, parce que j'accordais plus de temps à mon boulot qu'à lui ; ce qui n'était pas forcément faux, puisque notre rupture ne me percuta pas outre mesure. Aujourd'hui, à 27 ans, je me retrouvais célibataire et face au pire constat de mon existence : je n'étais qu'une incompétente, et je n'avais visiblement plus aucun avenir dans ce métier.

C'était trop. Je n'allais pas tarder à me faire virer, et blacklistée dans le pire des cas, et ça pesait bien trop lourd sur ma conscience. Il fallait que je la noie quelque part... C'est ce qui me poussa, au lieu de rentrer chez moi ce soir-là, à rejoindre un bar miteux près du port de Détroit. Un lieu peu et mal fréquenté où, semblait-il, venaient s'arracher la gueule les travailleurs du fret, du moins, ceux qui n'avaient pas encore été remplacés par des machines.

J'observais un instant mon reflet dans la porte vitrée avant d'entrer. Sous mes mèches brunes et malgré la pénombre crépusculaire se dissimulait difficilement mon visage cerné et fatigué. C'était certain : j'étais au bout de ma vie. Le froid se glissa dans les fibres de mon manteau noir bien trop fin pour une soirée d'Octobre, me pressant à ouvrir la porte pour y trouver un peu de chaleur.

J'entrais et me rendais directement au comptoir sans vraiment observer la pièce mais elle était remplie d'hommes qui buvaient, discutaient et riait fort. Je ne passais pas totalement inaperçu, n'ayant pas vraiment la dégaine qui sied à ce bar, mais les conversations ne s'interrompirent pas. Le barman, un vieux barbu, me fusilla du regard et me demanda ce que je comptais commander, bien que son regard me demandais plutôt ce que je fichais là.

J'hésitais, évidemment, je n'étais pas venue dans ce genre d'endroit depuis des lustres, mais un alcool qui tabasse les neurones m'était, pour l'heure, indéniablement indispensable.

« Un whisky, s'il vous plaît... »

Alors qu'il me servait, je ciblais une table libre. Il me fit régler ma commande et je m'installais discrètement avec mon verre à la table, non loin d'un groupe de jeunes hommes qui parlait beaucoup trop fort. La première gorgée me brûla la bouche et la gorge. Cette boisson était foutrement forte ! J'espérais sincèrement que ma conscience ne puisse triompher une telle noyade.

Tandis que je continuais de siroter, je ne pu m'empêcher de prêter attention à la discussion de mes voisins. Enfin, vu le volume des décibels, je l'aurais entendu dans tous les cas.

« T'es vraiment un connard, je te dis que je l'ai vu, je sais ce que j'ai vu !
- Bordel, ria son pote, par ce temps, une meuf à poil sur la digue, elle serait déjà morte de froid à l'heure qu'il est ! T'as trop picolé !
- Viens avec moi si tu me crois pas, c'est à deux pas d'ici, là à droite !
- Comme si j'allais bouger mon cul d'ici pour tes conneries ! »

C'était absurde. Mais pourquoi raconter une histoire pareille ? Peut-être qu'une femme avait réellement besoin d'aide... Dans le doute, j'abandonnais mon verre et filais sur les quais.

L'alcool me montait tout juste à la tête, mais j'arrivais sur le rebord du quai, me penchant pour jeter un œil en contrebas. Personne. Évidemment... c'était sans doute le délire d'un gars trop torché pour l'heure qu'il était. Merde. Il ne me restait plus qu'à rentrer chez moi.

Alors que je m'apprêtais à rebrousser chemin, un bruit de métal près du rebord attira mon attention. Intriguée, je m'avançais dans sa direction, me penchait légèrement par dessus bord. Une vision me figea. Une jeune femme complètement dévêtue se tenais assise recroquevillée, le corps à moitié dans l'eau qui submergeait la jetée. Sans perdre un instant je me hâtais de descendre le petit escalier un peu plus loin. Y étant contrainte, je posais mes pieds dans l'eau, noyant mes bottes mi-hauteur et rejoins le corps immobile. Ou presque. Lorsque j'arrivais près d'elle, son visage se leva vers moi. Ses yeux bleus s'emplirent d'une terreur si profonde qu'elle figea mon cœur.

« N'ai pas peur... »

Je lui tendis la main. Elle eut un mouvement de recul, se colla contre le mur comme si elle tentait de fusionner avec.

« Vraiment, je t'assure que je ne te veux aucun mal... »

Elle avait pleuré. Ses yeux étaient encore rougis et ses joues humides. Son état déchirait le cœur. J'insistais.

« S'il te plaît... viens... »

Contre toute attente, elle se releva tant bien que mal en prenant soin d'ignorer ma main tendue. Je retirais aussitôt mon manteau, elle recula.

« Tu peux pas rester comme ça... enfile ça... »

Le doute s'estompa de ses yeux. Je lui enfilais mon manteau, grelottant du même coup au contact de l'air glacial. La raison pour laquelle elle n'était pas encore morte et congelée m'échappa en cet instant. Elle dégagea d'un geste hésitant ses cheveux blonds qui se posèrent, détrempés, sur ses épaules. Elle ne me lâchait pas du regard, m'analysant à chaque instant avec méfiance.

« Je vais t'appeler un taxi, ok ? »
Elle répondit d'un timide « non » de la tête.
« Je peux t'emmener quelque part ? »
Non encore.
« Tu ne parles pas ? »
Non toujours.
« Tu as des problèmes ? »
Elle hocha la tête lentement, le regard plongeant au sol.
« Viens avec moi ? »

Ses sourcils se froncèrent légèrement. Elle croisa doucement les bras, baissa la tête. J'avançais doucement ma main vers elle.

« Je ne te veux aucun mal... je peux te dépanner le temps que les choses s'arrangent pour toi... ok ? »

La tristesse marqua son visage, puis elle hocha doucement la tête, acceptant visiblement de me suivre.